Voir son père pleurer
28 avril 2018

Onkos, vrac, masse

+ zine

« Papa est tombé » j’étais au bord du lit quand le téléphone a sonné, sonné.

Un œdème de 3 ou 4 cm fait pression sur son lobe frontal droit, c’est tout ce que nous pouvons vous dire.

La première fois, je n’ai pas osé le réveiller, je suis reparti.

AVC, campagne pour ne pas perdre une minute.

Il pleut autant que je pleure.

Hémiplégie, il n’a plus que son bras droit.

2 ou 3 cm, çà tourne en rond dans ma tête.

Depuis sa chambre nous regardons les hélicoptères arriver en urgence.

Juste avant son opération, j’ouvre et tombe sur ce vide, il est déjà au bloc.

 


Juste pour y croire.

Je croise des signes partout, à l’infini, combler des vides.


Il n’arrête pas d’appeler sur son vieux téléphone, je regarde les drapés de ses vêtements.


Lui c’est moi épuisé, mais épuisé de quoi ?

Comme une tache au milieu d’une haie, le chirurgien me parle d’une tache d’encre noir sur un cerveau blanc, je ne peux me sortir l’image de mon esprit.


Dents, sinusites aiguës, je suis comme un miroir, je prends sa douleur en pleine tête, neurones miroirs.


Tout bug, les panneaux bugs, les gliomes sont au grade IV, il est sorti du bloc.


Voir son père pleurer, la tête ouverte, ne rien pouvoir dire, reculer, effleurer sa main, se taire et pleurer.


Inverser la peur, apaiser les douleurs, être là.


Au hasard d’une bibliothèque, QUIMPER/NANTES, qu’il retourne une dernière fois là bas.

Ma main bouge, je suis incertain.


Les filles lui font des dessins, sont présentes et absentes, nous ne savons rien.


Je ne suis qu’une ombre oblique.


Au réveil, encore surpris d’être là.

La veille de tomber il a pris sa voiture, il a roulé contre un muret, tout contre, sans s’arrêter.

Le bois restait dans son jardin, depuis des jours abattus.

Regarder par terre, même le sol est une tâche.

Le voisin, seul, une semaine après cette image il n’était plus.